Célia, Le Jour ou La Magie s'éveilla

Et si un jour La Magie déferlait sur le monde que nous connaissons..?
 
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 Gravity

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Shotaro
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MessageSujet: Gravity   Jeu 18 Mai - 1:59

Salut!

Je vous soumets le premier chapitre d'une nouvelle que j'ai commencé à écrire il y a maintenant facilement 3 ou 4 ans et que je n'ai jamais terminée. Si ça vous plaît et que ca vous titille, je mettrai la suite. Par contre je vous demande de m'excuser à l'avance des fautes éventuelles que cela soit d'orthographe mais aussi dans la forme du récit, car je posais essentiellement mes idées sans trop chercher à donner un style narratif au tout. Alors il se peut que de temps en temps ca ressemble plus à des notes qu'à un texte réellement écrit.
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Shotaro
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MessageSujet: Re: Gravity   Jeu 18 Mai - 1:59

GRAVITY


I




La sonnerie du téléphone déchira la calme obscurité de la chambre à coucher. Les corps endormis de Barnes et sa femme reposaient tel deux cadavres dans un cercueil à deux places. Gladys Barnes réagit la première au vacarme intermittent du poste téléphonique, sa main chercha à tâtons le combiné et, finalement décrocha. John quant à lui, émergea à peine, il comptait bien laisser Gladys régler ce coup de fil, d’autant qu’à cette heure, cela devait être une erreur. Il sut que cela était peine perdue quand sa femme lui tapota doucement l’épaule en lui glissant à l’oreille : « - C’est pour toi mon chéri… » Il se retourna et découvrit sa femme qui lui tendait nonchalamment le combiné, à peine adossée contre son oreiller, et les yeux mi-clos par le sommeil. Il s’éclaircit la voix, et saisi le combiné.
« - Barnes…
- Ah ! John ! Goodman à l’appareil, il faut que vous veniez au centre immédiatement, vous n’allez pas en croire vos yeux !
- Goodman ? Mais bon dieu vous savez l’heure qu’il est ?
- Il est 03h16, John, mais quand vous aurez vu ce que j’ai à vous montrer, vous ne le regretterez pas, je vous le promets. Et puis l’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt non ? »
Pour seule réponse, Barnes eût un grognement d’ours mal léché, suivit d’un «- J’arrive… » peu enthousiaste.
Lourdement, John Barnes se leva, et se dirigea vers la salle de bains en s’épouillant mollement. Devant la glace, John observa les ravages causés par une courte nuit de sommeil. Il y avait intérêt à ce que Goodman ne l’ait pas sorti du lit aussi tôt pour une broutille. Ce n’est pas parce que ce gamin qui a vingt-trois ou vingt-cinq ans est passionné d’observation astronomique, et donc victime d’insomnie, qu’il doit l’empêcher de dormir ! John s’apprêtait à se raser, mais il se ravisa : c’était une entreprise trop ardue à cette heure ! Il fit donc couler l’eau du robinet un moment dans le lavabo afin d’avoir de l’eau chaude pour se débarbouiller le visage, et faire dégonfler ses paupières ensommeillées. Qu’avait-il bien pu trouver de si intéressant, au point de tirer son vieux maître de thèse du lit ? Cela intriguait réellement Barnes, car même si Goodman était un peu usant, comme tous les jeunes passionnés de son âge, ce n’était en aucun cas un plaisantin. Il avait une grande rigueur dans les relevés de ses observations, et travaillait sérieusement à l’élaboration des synthèses d’informations découlant de celles-ci. Plus John pensait à tout cela, et se réveillait, plus ses gestes étaient vifs, et pressés. Dans son esprit était entrain de naître une drôle d’idée, il n’aurait pas encore su la poser clairement, mais il sentait que cela était important. Et plus il pensait au ton fébrile de Goodman au bout du fil, à l’excitation, la stupéfaction, l’émerveillement qui se mêlait dans sa voix, plus cette idée revenait, sans avoir de forme réelle, c’était plus un pressentiment qu’autre chose, mais un pressentiment avec un arrière goût de je ne sais quoi, qui ne plaisait pas forcément à John.
Alors qu’il était plongé dans ses pensées, et qu’il s’affairait à finir de s’habiller, John n’entendit pas sa femme Gladys se lever et ouvrir la porte de la salle de bains. Il sursauta littéralement lorsqu’elle lui demanda ce qui se passait. Il lui expliqua qu’un de ses étudiants avait peut-être fait une découverte, mais que cela était très certainement une erreur. Il se garda bien de lui confier ses pensées. Il embrassa Gladys tendrement sur la joue, et sortit de la salle de bains. Il ne passa même pas par la cuisine pour se faire un café, alors que c’était dans son idée lorsqu’il fût levé. Il se dirigea très vite vers le garage, et grimpa dans sa voiture. La porte automatique du garage s’ouvrait lentement dans un grésillement électrique étonnamment sonore dans le silence du petit matin. John jeta un œil à la pendule de bord de sa vieille Chrysler, il était 03h34. La porte finit enfin sa course sur le rail guidant son ascension vers le plafond.
Il démarra la voiture d’un tour de clef et enclencha la boîte automatique. Le véhicule s’ébranla dans un nuage de fumée bleue, et emmena John dans la rue déserte, uniquement éclairée par les lampadaires de l’éclairage urbain. Perdu dans ses pensées, le vieux professeur en radioastronomie traversa les typiques quartiers de banlieue américains, avec ses longues rangées de maisons identiques où qui n’y vit pas, ne peut que se perdre. Après dix-sept ans à avoir pris ce chemin dans un sens ou dans l’autre, John, lui, se rendait au centre d’observation astronomique de la ville d’Atlanta d’une manière purement mécanique. Il connaissait tous les virages, toutes les rues, tous les feux tricolores. Habituellement, il lui fallait en moyenne vingt ou vingt-cinq minutes pour faire le trajet, mais à cette heure, il rejoignit le centre en à peine un quart d’heure.
John hésita à garer la voiture dans le parking souterrain, car peut-être sa carte d’accès ne fonctionnerait pas. Il n’avait plus le badge d’accès permanent depuis qu’il avait accepté ce poste de maître de thèse, et puis à soixante-quatre ans passés de quelques mois, les gens de son âge dorment à cette heure. Les nuits blanches sont le pain quotidien des jeunes cervelles encore emplies d’espoir de capter un message extraterrestre ou le moindre signal inhabituel, comme celle de Goodman. Goodman justement, il avait tiré John de son sommeil, et mieux valait que cela soit pour une bonne raison ou il connaîtrait la colère de John Barnes ! Etrangement, son badge ouvrit la porte du parking, Goodman avait certainement fait le nécessaire. La voiture s’engagea dans la large rampe d’accès vers le souterrain. Les murs de cette rampe avaient toujours fasciné John, ils étaient couverts d'éraflures de peinture multicolores laissées par des véhicules trop pressés d’entrer ou de sortir. Mais l’objet de la fascination de John n’était pas tant les éraflures, mais le fait qu’il faille vraiment être piètre conducteur pour frotter son véhicule contre les murs : La rampe devait faire prés de trois mètres de large. Lui n’avait jamais touché. Il alla se garer à la place réservée qu’il avait au fond du parking à côté des ascenseurs, le privilège de l’ancienneté (Ou peut-être était-ce dû à son âge ?).
Barnes récupéra sa sacoche qui ne quittait le bureau que pour atterrir sur le siège arrière de la Chrysler, et inversement, et il se dirigea vers les ascenseurs, appuya sur le bouton d’appel. Son excitation de tout à l’heure dans la salle de bains était un peu retombée, mais il ne pouvait s’empêcher de tourner et retourner ce pressentiment dans son esprit, sans vraiment savoir où cela le mènerait. De toute manière il serait vite fixé maintenant, il entendait l’ascenseur qui arrivait. Les portes coulissantes s’effacèrent devant lui, et bientôt se refermaient prestement. John frappa son code d’identification, l’ascenseur le salua, et l’invita à choisir son étage. John poussa le bouton du dix-septième étage, aussitôt l’ascenseur décolla et emmena le professeur.
Le centre d’observation astronomique de la ville d’Atlanta n’est pas un centre ordinaire, il est le point où toutes les informations d’observations astrophysiques des plus importants télescopes et radiotélescopes contrôlés par les Etats-Unis sont centralisées. Les données sont ensuite épluchées, étudiées, classées. On peut même faire de l’observation à distance, avec un léger décalage dans le flux de données, causé par l’éloignement plus ou moins important selon les antennes pilotées. En ce moment Goodman, se sert du mega-radiotélescope d’Arecibo au Mexique, et Dieu sait combien il s’est battu pour obtenir ses deux heures d’utilisation hebdomadaire, John pourrait en témoigner. John avait dû user de toute son influence pour que Goodman puisse avoir ce droit, même si cela avait été plutôt mal apprécié par le conseil d’administration du centre. En effet, non seulement, ce n’est pas très aisé d’obtenir l’utilisation du radiotélescope, mais en plus ce n’est pas gratuit, loin s’en faut.
L’ascenseur ouvrit ses portes sur une salle assez grande plongée dans la pénombre, remplie d’ordinateurs, de synthétiseurs, d’amplificateurs en tout genre. Un bruit de ronronnements réguliers de ventilateurs était assez fort, ceci étant en rapport au nombre de machines ici qui fonctionnaient en même temps. La salle était tout en long, avec un gros renfoncement tout au fond. John se dirigeait vers le renfoncement d’où provenait un cliquetis de clavier d’ordinateur, et il était certain de trouver Goodman devant son écran. John arriva dans le dos de Goodman qui ne l’entendit pas.
« - J’espère que c’est important Goodman ! » Le jeune étudiant sursauta.
« - John ! Enfin vous voilà ! Je suis impatient de vous montrer ce que j’ai trouvé ! Vous n’allez jamais le croire ! » Répondit le jeune homme sans se préoccuper de la moue sceptique qu’avait pris John en s’annonçant.
Michael Goodman déplia sa grande silhouette de derrière son bureau, il était vêtu d’un jean très délavé, et d’une chemise qui avait dû être blanche, et d’une paire de Nike sans âge. Il portait quasi en permanence ses lunettes sur le front, et John s’était déjà demandé pourquoi le jeune homme en portait. Goodman s’excusa en passant devant John, disparut derrière une armoire de calculateurs empilés les uns sur les autres pendant quelques secondes, puis revint chargé d’une pile de papier, sorti tout droit d’une imprimante, il était d’ailleurs suivi per le reste de son listing. John aurait parié sa chemise que Goodman n’avait pas pris la peine de détacher la partie qu’il voulait lui amener. Les bras chargés Goodman reprit :
« - Ca, ce sont les premières analyses de la singularité que j’ai observée et…
« - Dites-moi Goodman, allez-vous m’expliquer pourquoi je suis ici à 3h50 ? Le coupa John.
« - Ah mais oui, bien sûr, j’aurais dû commencer par-là ! » Répondit Goodman.
Il lâcha sa pile de papier, et se précipita sur son ordinateur, entra quelques lignes de commande, et bientôt, un graphique apparut à l’écran. Il présentait une courbe plane, qui tout à coup émit un pic en son milieu, puis redescendit à son paysage d’origine de manière parabolique, mais beaucoup plus progressivement. Le pressentiment de John se fit plus fort, plus net en voyant la courbe.
« - Qu’est-ce donc ? » Demanda John, en devant faire un effort, car sa gorge se serrait.
« - C’est précisément la question que je me pose, John » répondit l’étudiant.
« - Bon, allez-y, expliquez-moi de quoi il retourne, j’ai d’abord cru que vous m’aviez fait venir ici, pour finalement me montrer un signal, qui aurait pu être émis par un satellite, mais à première vue, ce n’est pas le cas… »
« - Eh ! bien je faisais des relevés sur la bande de fréquence 0.000025 Hertz, quand tout à coup, mes instruments se sont affolés pendant environs huit secondes, j’ai le chiffre quelque part… » Le jeune homme souleva une pile de classeurs, dossiers, et feuilles volantes, extirpa une page de listing, et reprit :
« - Ah ! Voici ! Le phénomène a duré sept secondes et neuf mille sept cent soixante dix-huit millièmes. J’ai été intrigué, j’ai donc commencé à réunir les informations de la check-list afin de vérifier si ce n’était pas une perturbation atmosphérique ou un satellite, et j’en suis arrivé à la conclusion suivante, ce phénomène n’est pas une perturbation ou un pulsar, etc.… Il se trouve que même maintenant, je ne saurai le qualifier. J’ai alors commencé des extrapolations dans d’autres fréquences, et il se trouve que l’intensité est la même dans toutes les gammes. Comme si ce phénomène n’était pas influencé par les échelles de mesure, comme si on pouvait le capter, mais pas réellement le décrire. J’ai alors eu une idée que j’ai d’abord trouvé saugrenue, mais j’ai fait une recherche dans les autres systèmes d’observation. Eh bien vous me croirez si vous voulez, mais tous les postes d’observation ont reçu et transcrit cette singularité ! Cela s’est passé entre 02 : 19 : 56 et 02 : 20 : 04, et tous les relevés d’observation signalent une singularité à la même heure terrestre, que cela soit en radio, rayons gamma, alpha etc… »
Pendant que Goodman faisait son exposé, Barnes étudiait la masse de graphiques, comparaisons, et autres relevés. Son cœur battait la chamade, son pressentiment se précisait, mais il se refusait à le poser clairement dans son esprit, cela ne pouvait pas être possible ! Goodman poursuivait :
« - Et la cerise sur le gâteau John, c’est que cette singularité ne s’est pas produite dans le vide spatial, mais sur Terre ! ! ! »
John releva la tête de sa lecture, son visage était blême, mais Goodman était tellement excité par son récit, qu’il ne le remarqua pas. Péniblement, John articula une question au jeune homme :
« - Vous avez localisé le point d’émission sur Terre ?
- Pas exactement. Malheureusement ce n’est pas très précis, nos instruments sont braqués sur l’espace, et je puis seulement vous dire que c’est quelque part en Europe, mais où exactement, cela reste un mystère… »
John était pâle comme un linge, son regard se perdait dans le vide, une foule de sentiments, d’images lui revenaient à l’esprit. Un léger tremblement irrépressible le saisit, les documents qu’il tenait à la main vibraient au rythme saccadé que leur imprimaient ses mains. Goodman remarqua cela, et s’inquiéta de cette réaction :
- John ? Vous allez bien ? Que vous arrive-t-il ?
- Rien ne vous inquiétez pas pour moi » Répondit Barnes, mais sa voix était cassée par l’angoisse qui était entrain de le submerger.
« - Excusez-moi d’insister John, mais vous n’avez absolument pas l’air dans votre assiette !
- Je vais bien vous dis-je ! » Explosa Barnes.
Sur ce, John alla s’isoler à un bureau un peu plus loin, saisit le combiné d’un téléphone, et composa frénétiquement un numéro de téléphone. Goodman, le regarda faire en ne bougeant pas, il était perplexe.
John était en proie à une soif de celles qui vous saisissent lorsqu’une panique ou une grande appréhension vous prend à la gorge. La sonnerie inlassable résonnait dans l’oreille du vieux professeur. Quand elle cessa parce que la ligne décrocha, il fut tellement surpris, qu’il faillit avoir une attaque.
« - Parker, j’écoute » répondit la voix au bout du fil.
« - Steve, John Barnes à l’appareil…
- John ! ? Eh bien ça alors ! Si je m’attendais à ça ! Mais dis-donc, tu as vu l’heure qu’il est ?
- On a un gros problème Steve !
- Quel genre ?
- … Matters…
- Que… Quoi ?
- Un de mes étudiants a observé un phénomène qui ressemble fortement au cas Matters…
- Mais David Matters est mort depuis presque vingt ans !
- Je sais, mais il n’empêche que nous avons ici des kilomètres de listings qui semblent montrer les même points de comparaisons que ma mémoire me rend petit à petit…
- Ecoute John, tu te calmes ! Qui est au courant pour l’instant ?
- Michael Goodman, mon étudiant, et moi… Et tous les gens qui ont pu faire cette observation.
- Bon, donc on est deux à réellement savoir, pour ce qui est de ton étudiant, et des éventuels observateurs, qu’ils cherchent, pendant ce temps ils ne nous gêneront pas. Rendez-vous demain à 7h00 à mon bureau, et nous aviserons. »
John raccrocha et regarda Michael Goodman, qui restait à le regarder toujours aussi interloqué. De s’être confié à quelqu’un, John s’était calmé. Il se leva, et rejoignit Goodman, qui ne lui posa aucune question, mais John savait qu’elles lui brûlaient néanmoins les lèvres.
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Shotaro
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MessageSujet: Re: Gravity   Dim 21 Mai - 11:56

II






Les maisons qui formaient il y a quelques minutes encore, le quartier d'Henriville de la petite commune d'Outreau étaient réduites en cendres, les toitures de tuiles rouges avaient littéralement explosé, et s’amoncelaient au milieu de ce que furent les rues. Les murs de pierre des habitations n’étaient plus, ils étaient allongés au sol fracturés, disloqués. Les affaires des habitants se mêlaient dans un désordre sans nom aux ruines, le spectacle qui s’offrait aux yeux ressemblait plus à un champ de bataille qu’à un paisible petit quartier de ville de province français. Plus une maison sur un rayon de cinq cents mètres n’était debout, un silence de mort régnait en maître sur les décombres, pas un cri, pas une plainte, pas un souffle, mis à part celui du vent. A l’évidence pas une seule personne n’avait survécu à la catastrophe qu’il venait de se produire. Une fumée de plus en plus épaisse émanait de ce qui restait des maisons, le feu allait finir de tout nettoyer alors qu’on entendait la rumeur au loin des sirènes des véhicules de secours qui se précipitaient sur les lieu de l’accident. Nous étions le mardi 14 Mars 2017, et il était 02h27.
Au milieu de ce chaos, un amas de pierre bougea soudainement sur un tas de divers articles que l’on pouvait trouver dans une habitation. Les pierres remuèrent à nouveau, et l’amas s’effondra, dans un fracas mat. Une main blanche souillée par la poussière et la suie apparut, suivi d’un bras, et du reste du corps d’une jeune fille. Elle roula au bas du monticule de décombres, son vêtement était en lambeaux. Elle portait une chemise de nuit qui avait été d’un rose délicat, mais qui maintenant tenait plus du haillon, laissant apparaître par endroit sa peau d’une blancheur quasi extraordinaire. Ses cheveux blond très clair ajoutaient à sa pâleur. Elle semblait ailleurs, choquée, elle se releva péniblement, manquant de s’effondrer à nouveau par deux fois. La jeune fille se fraya un chemin parmi les décombres jusqu’à la rue qui était un peu plus dégagée. On entendait maintenant distinctement le hurlement des sirènes de pompiers, police et autres services de secours.
Lentement la jeune fille, commença à se diriger vers les sirènes, mais elle stoppa, et se retourna en direction d’où elle était sortie. Elle resta un moment là, comme hébétée. Les larmes lui brûlaient les yeux et elle ne pouvait les retenir. Elle murmura :
« - Maman… Tante Irène… Oncle Patrick… Grand-mère… »
Les larmes lui inondaient maintenant le visage lui traçant des éclairs blancs au milieu des joues là où elles emportaient la poussière souillant ses pommettes. Elle se remit en quête de trouver des secours, non pas pour sa famille, car elle savait qu’ils étaient tous morts, elle ne les « sentait » plus, mais cela ne signifiait pas que ce fut le cas de tous les voisins. Elle n’aurait pas su l’expliquer, mais elle savait que sa famille était morte, elle le savait au plus profond d’elle-même.
La jeune femme, avançait en claudiquant au milieu des gravats, son esprit vagabondait. Elle ne pensait à rien en particulier, des images, des sons traversaient le flot incessant de ses pensées. Des bribes relatant de vieux souvenirs peu agréables lui revenaient en tête, elle les avait oubliés, enfoui au plus profond de sa mémoire. Un homme la tenait dans ses bras, alors qu’elle n’était encore qu’un bébé, et fuyait quelque chose, elle entendait sa respiration saccadée par la course. Puis un autre homme tenant un revolver le pointait sur le premier, cette fois les détonations résonnèrent tellement fort dans sa tête, que cela lui fit reprendre pieds dans la réalité.
Au même instant, un pompier se précipita vers elle, et ne put que la rattraper de justesse, car elle s’évanouissait. Le soldat du feu appela ses coéquipiers à la rescousse :
« - Thomas ! Pierre ! Lieutenant ! J’ai une survivante ici ! Il lui faut des soins rapidement, elle a perdu connaissance à l’instant ! »
Les hommes se précipitèrent avec un brancard, ils chargèrent la jeune inconnue dessus, et repartirent au pas de gymnastique vers les camions stationnés un peu plus loin, car ils ne pouvaient avancer au milieu des décombres. Le feu commençait à faire rage au milieu de ce qui avait été des habitations, on entendait de çà de là les déflagrations des conduites de gaz qui explosaient. Au moment où les deux hommes ramenaient la blessée au camion d’ambulance, le préfet de police s’avançait vers eux.
« - Messieurs, Paul Desmarais, préfet de police de Boulogne sur mer, c’est la seule survivante que vous ramenez ?
- Eh! Bien c’est la seule que nous ayons trouver pour le moment monsieur » répondit Thomas Prieur, le plus grand des deux pompiers.
- Bon dieu ! Mais que s’est-il passé d’après vous ?
- Nous n’en savons foutre rien Monsieur Le Préfet, la configuration de la catastrophe ne ressemble à rien de ce que nous avons connu jusqu’ici. C’est comme si ce quartier avait été totalement réduis en cendre au napalm !
- Vous croyez que c’est possible ? ! » Demanda le préfet en ouvrant de grands yeux, interloqué.
« - Non rassurez-vous je ne pense pas que cela soit le cas, le napalm à une odeur bien particulière, et les dégâts sont typiques avec ce genre de truc, alors que là, il semble que le quartier ait été soufflé, sans autres explications, juste soufflé comme un château de cartes. De plus, d’après ce que l’on a remarqué en arrivant, les dégâts sont ultra localisés. Il y a comme une ligne de démarcation et elle est très franche, je suis certain qu’une photographie d’hélicoptère doit être impressionnante.
- Mais, et le feu ?
- Il a commencé après l’incident, ce sont les canalisations de gaz qui ont sauté à cause du début de feux électriques. D’ailleurs à ce propos, il faudrait prévenir de toute urgence la Compagnie du Gaz de fermer toutes les arrivées de gaz sur un rayon d’au moins un kilomètre, sinon les dégâts vont s’étendre au maisons qui sont encore intactes.
- Je les appelle immédiatement ! » Sur ces paroles le Préfets tourna les talons, et trottina vers sa voiture, où l’attendait son téléphone cellulaire.
Thomas Prieur regarda le grand homme mince et sec étriqué dans son costume, qu’il avait dû enfiler à la hâte s’éloigner. Puis il se retourna en direction des ruines, et contempla le macabre spectacle. Le devoir l’attendait, il restait peut-être des survivants, mais le pompier n’y croyait pas vraiment, la nature même des dégâts laissait peu d’espoir en ce sens.
Pendant ce temps, l’ambulance où reposait la jeune inconnue, s’éloignait à vive allure toutes sirènes hurlantes. A l’intérieur du véhicule, un secouriste s’affairait à brancher l’inconnue aux différents appareils, qui lui permettraient d’établir un pré diagnostique sur son état de santé. L’ambulancier remarqua que la fille transpirait abondamment, les restes de ses vêtements étaient humides. Il passa la main sur son front, et visiblement, elle était très fiévreuse. L’oscilloscope pourtant indiquait un pouls calme et régulier, ce qui l’interloqua : Au toucher elle devait faire au moins trente-neuf ou quarante degrés de fièvre, et cela entraîne obligatoirement une accélération du rythme cardiaque. La blessée était parfaitement calme, comme endormie, il ne remarqua d’ailleurs aucun coup, aucune contusion, ce qui finit d’intriguer le secouriste. Mis à part, la poussière qui la recouvrait en majeure partie, et cette température élevée, personne n’aurait pu dire qu’elle avait été victime de cette incroyable catastrophe.
Bientôt l’ambulance arriva à l’hôpital, elle gravit la rampe qui menait aux urgence presque sans ralentir, le chauffeur avait la force de l’habitude après avoir procéder des centaines de fois. A peine arrivé devant l’entrer sous le hall, que déjà les portes coulissantes s’étaient retirées pour laisser libre chemin à des brancardiers accompagnés d’un infirmier et du médecin de garde. Ils menèrent le brancard aux portes arrière de l’ambulance qui s’ouvraient au même instant. Le secouriste sauta à terre, et fit coulisser le brancard du véhicule le long des rails prévus à cet effet, et en un rien de temps, la jeune fille blonde se retrouva embarquée dans les couloirs du service des urgences.
Alors que les brancards filaient vers une salle d’opération, guidé par un brancardier, Jean-Jacques Louis, le médecin de garde se renseignait sur le traumatisme subi par la jeune fille. L’ambulancier répondit quelque peu embarrassé :
« - Eh bien. Euh… C’est-à-dire que elle n’a apparemment aucun trauma physique, la seule remarque que j’ai à formuler est une hyperthermie importante, avec un pouls à soixante-quatre… »
Le docteur interdit, fixa le secouriste d’un regard qui n’aurait souffert aucune plaisanterie, surtout pas en un tel moment. Le jeune homme n’eut pour seul réponse à l’adresse du médecin qu’un haussement d’épaules impuissant. Alors le médecin se tourna vers l’infirmier qui auscultait la jeune femme, et ce dernier lui rendit le même diagnostique. Il n’y avait pas une fracture, pas un trauma apparent, rien mis à part cette température élevée. Le médecin ordonna une injection minime de morphine et envoya sa patiente en radiologie.
« - Vous l’avez trouvée au milieu des décombres, et elle n’a aucune égratignure ? » s’adressa le médecin à l’ambulancier.
« - Je suis aussi surpris que vous Docteur, et vous n’avez pas vu la scène de destruction massive que c’est là-bas ! C’est un vrai miracle qu’elle s’en soit sortie indemne ! Je ne suis pas certain que vous ayez assez de place à la morgue, car nous risquons de ramener beaucoup de cadavres et peu de blessés, croyez-moi monsieur.
- Je ne sais pas si on peut dire qu’elle a eu de la chance, mais c’est un miracle !
- Oui… J’y retourne maintenant, monsieur » Répondit le secouriste.
Sur ces paroles, il s’éloigna en courant vers l’ambulance, qui était déjà prête à repartir sur les lieux de l’accident.
Le docteur Louis se dirigea prestement vers la salle de radiologie où avait été emmenée la victime. Quand il entra, le brancardier et l’infirmier étaient entrain d’installer la jeune femme sur le lit métallique de l’appareil à rayon X.
« - Elle n’a pas reprit connaissance ? Demanda-t-il
- Elle n’a pas bougé un cil docteur. » répondit l’infirmier.
Le brancardier et l’infirmier allèrent se réfugier derrière les vitres plombées afin de procéder aux clichés, et le médecin sortit de la pièce en lâchant :
« - Bien, je vais voir si d’autres blessés arrivent. Monsieur Barbot vous veillerez à faire baisser la température de cette petite.
- Oui monsieur. » répondit prestement l’infirmier.
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MessageSujet: Re: Gravity   Dim 21 Mai - 11:56

Le médecin retourna au service des urgences, le macabre ballet des ambulances avait commencé, et elles n’amenaient que des corps sans vie. Il s’enquit de savoir si il y avait des blessé qui étaient arrivés dans le court intervalle qu’il avait passé avec la jeune fille, mais l’interne auquel il s’était adressé, lui répondit avec une petite voix qu’il n’avait eu à constater que des décès pour l’instant. Le service était exceptionnellement calme, on entendait que le murmure des infirmiers et autres internes qui s’occupaient des cadavres. Pas un cri, pas un pleurs, cela installait une ambiance bizarre, le médecin avait l’impression d’être dans un rêve cotonneux, où les bruits étaient assourdis, lointains. De plus en plus de cadavres arrivaient, les ambulances en emportant deux chacune, pour faire face au nombre. Le docteur Louis se dirigea vers le comptoir des admissions, se saisit du registre, et compta le nombre de personnes sans vie qui avait été prise en charge jusque là. Le chiffre qu’il obtint le fit tressaillir, ses employés avaient déjà accueilli vingt-trois cadavres en l’espace d’une dizaine de minutes. Il appuya sa longue silhouette mince et sèche contre un casier de classement, il était soudain pris d’une légère nausée. Ce n’était pourtant pas la première fois qu’il regardait ce registre, mais c’était bien la première fois qu’il y comptait autant de morts. Son visage avait les traits qui s’était tirés, il avait pâli, et il ressentait de plus en plus le besoins de s’asseoir, mais il ne devait pas, c’était lui le chef du service, et c’était à lui qu’incombait de donner l’exemple.
« - Vous allez bien docteur ? » Jean-Jacques Louis releva la tête en direction de la voix, et il découvrit une jeune femme, aux yeux et cheveux noir de geai, assez petite, le visage ovale d’une adolescente, bien qu’elle devait approcher la trentaine, maquillée de manière discrète. Le docteur avait encore cette drôle de sensation cotonneuse et il put ainsi la décrire aussi précisément, mais en réalité, cela avait dû prendre deux, trois secondes. Mais comme il mit du temps à répondre, elle réitéra sa question. Cette fois il lui répondit prestement, avec un léger sourire aux lèvres.
« - Oui, je vais bien, j’étais juste entrain de compulser le registre des admissions, mais sans doute en avez-vous besoin ? » Dit-il en lui tendant le livre.
Elle lui prit des mains, lui fit un sourire de remerciement, et retourna travailler. Il la regarda partir vers un brancard où s’affairait une autre infirmière, ainsi qu’un interne qui était entrain de recouvrir le visage du corps dont ils s’occupaient.
William Barbot s’approcha du docteur Louis dans son dos, et l’interpella :
« - Docteur s’il vous plaît, vous pouvez venir voir, notre patiente ? » Il fit le tour de la pièce d’un rapide regard, et ajouta : « - Et visiblement, notre seule patiente… »
Le docteur Louis en se retournant allait réprimander son infirmier pour son cynisme, mais il se ravisa quand il vit l’expression de profonde consternation qui marquait son visage.
« - Que se passe-t-il monsieur Barbot ?
- Eh bien on a un problème avec la radiographie, les clichés sont vierges, on n’arrive pas à prendre de photos de cette petite…
- Que me chantez-vous là ? « Répondit le médecin, circonspect.
« - Venez plutôt voir, je pense que cela vaut mieux.
- La machine est défectueuse ? » demanda le docteur Louis en emboîtant le pas à son infirmier vers la salle de radiologie.
« - Je ne pense pas, elle a été inspectée en début de semaine dernière, c’est moi-même qui ait accueilli les ouvriers de maintenance… »
Ils arrivèrent dans la salle de radiologie, et la jeune fille était toujours allongée sur la table. L’infirmier l’avait déshabillée, afin de procéder aux clichés, sa poitrine se soulevait lentement et régulièrement, une calme mais profonde respiration, comme celle d’un dormeur. L’infirmier Barbot alla dans la pièce jouxtant celle-ci afin de ramener les clichés au docteur Louis. Pendant ce temps, le médecin alla ouvrir une armoire afin d’y prendre une couverture. Il revint prés de sa patiente, et la couvrit, afin qu’elle ne prennent pas froid. Cette salle était fraîche, car l’hôpital ne la chauffait pas. Il passa sa main sur le front de la jeune fille, elle était encore très chaude, mais elle ne grelottait pas, elle était calme, le seul symptôme de la fièvre était cette hyperthermie. Normalement la légère dose de morphine qu’il avait prescrite tout à l’heure aurait dû atténuer cette fièvre beaucoup plus que ça. L’infirmier revint avec les clichés radiologiques, et d’I.R.M.
« - Vous avez procédé à une I.R.M. aussi ?
- Oui Docteur, et ça n’a pas donné plus de résultats. »
Le docteur souleva les clichés radios en direction des néons, et vit qu’ils étaient totalement transparents sur toute leur surface. Il se saisit ensuite des feuilles d’I.R.M. et ce fut le même résultat, là où il y aurait dû avoir l’image, il n’avait que du noir. Le docteur se frotta le menton, perplexe. Il réfléchit un moment, puis s’adressa à Barbot.
« - Vous avez pris sa température ?
- Oui docteur, avant et après les clichés, sa température diminue. Le premier relevé indiquait 40,2°C, et le second 40°C.
- 40° ! Mon Dieu mais qu’est ce qui vous arrive jeune fille ? » Dit le docteur plus pour lui même que pour être entendu de sa patiente.
« - Reprenez lui s’il vous plaît Barbot.
- Bien Monsieur.
L’infirmier s’empara d’un petit instrument électronique, appliqua des électrodes sur chaque tempe, et juste sous les aisselles de la jeune fille. L’appareil émit un bip, et William Barbot lu le relevé :
« - 39,7°C Monsieur.
- Bon déjà, une chose me rassure, c’est que sa température baisse. Monsieur Barbot, je vous la confie, mettez-la dans une chambre, et veuillez prendre sa température toutes les demi heures. Vous êtes son infirmier exclusif, si on vous demande pourquoi, envoyez-moi la personne.
- Bien Monsieur Louis.
- Ah ! Et il va sans dire que si elle se réveille, vous me prévenez immédiatement, je pense que vous avez mon numéro de biper ?
- Oui Docteur, il n’y a pas de problème.
- Très bien, je retourne aux arrivées. »
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Jeremy Coudel
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MessageSujet: Re: Gravity   Lun 22 Mai - 1:28

Quelle belle histoire, même si pour l'instant je ne vois pas trop de rapport entre le chapitre 1 et 2. J'attends la suite bientôt. Continu comme ça, grand écrivain que tu es, tu nous surpasse tous Rire

Allez, vas y, lance toi !

Tu as mes plus grands encouragements.
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Shotaro
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MessageSujet: Re: Gravity   Lun 22 Mai - 1:42

lol merci, mais je ne suis pas un grand écrivain, j'en suis loin. Quoique aprés m'être relu, je suis content du style général de ce second chapitre, mais y a encore du boulot!

Demain, (ou tout-à-l'heure peut-être) le troisième chapitre
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MessageSujet: Re: Gravity   Mer 24 Mai - 7:03

III






Il était six heures quarante cinq quand John Barnes arriva au bureau de Steve Parker. Il n’était pas rentré chez lui, il avait passé le reste de la nuit à décortiquer les différentes données que Michael Goodman avait collecté. Il en arrivait en permanence sur le serveur Internet dédié, qui reliait le centre d’Atlanta aux différentes antennes disséminées dans tout le pays, et à travers la planète. Ce qu’il avait trouvé à chaque fois était identique : Une singularité dans toutes les gammes d’observation employées. Même si les données étaient moins nettes dans les fréquences les plus fines, on pouvait la deviner par d’infimes variations. De plus, comme le phénomène avait eu lieu sur Terre, les appareils de mesure ne pouvaient donner de résultats au maximum de leur capacité.
John n’était pas ce que l’on aurait pu appeler une gravure de mode. Il avait sa chemise totalement froissée, comme s’il s’était couché avec, par endroit elle s’extrayait de son pantalon en de plis disgracieux. Sa cravate était desserrée, elle lui servait maintenant plus de collier que de cravate à proprement parlé. Il avait les traits du visage tirés, son front était strié d’innombrables rides, le manque de sommeil ajouté à l’angoisse de ce que préfigurait l’événement de cette nuit, l’avait vieilli d’au moins dix ans. Il avait le teint gris et ses cheveux blancs accompagnés de sa moustache de la même couleur, lui donné l’air d’un pauvre haire décharné.
Il venait de descendre de sa voiture, mais il restait là à fixer le bâtiment où l’attendait son ancien directeur de recherche Steve Parker. C’était il y a déjà bien longtemps pensait-il, combien ? Vingt ans ? Non presque Vingt-cinq ! Il avait passé du millier d’heures ici. Six ans de sa vie, ou ne comptait pour lui que le projet de recherche ultrasecret entièrement financé par la N.S.A. Même le président n’était pas totalement au courant de ce qui se passait ici. Deux administrations s’étaient cédées le pouvoir, l’administration Bush et l’administration Clinton, mais au sein de ce bâtiment, la hiérarchie était restée la même.
Appuyer sur l’aile avant de sa Chrysler, John Barnes respira un grand coup, et se résolu à se diriger vers l’entrée de l’imposant building. Il gravit lentement la volée de marches qui menait sur le perron où se trouvait l’entrée principale. John remarqua que depuis qu’il n’avait pas remis les pieds ici, la porte vitrée coulissante de l’entrée était toujours la même, et qui plus est elle était en panne, comme régulièrement cela arrivait à l’époque. Il ne put s’empêcher d’esquisser un sourire ironique. En effet, il se pratiquait ici des recherches qui engloutissaient des millions de dollars par an, mais ils n’en avaient pas trouvé quelques centaines pour changer cette antiquité. Peut-être cela faisait-il plusieurs années qu’elle ne fonctionnait plus. Mu par une vieille habitude, il se dirigea sur la gauche, et se présenta devant une bonne vieille porte qui ne bougeait, elle, que si l’on daignait la pousser. Ce qu’il fit. Le hall quant à lui avait totalement changé, il avait été entièrement re-décoré, le comptoir du bureau d’accueil avait été disposé sur la gauche, alors que jadis il se trouvait à droite. Les couleurs aussi avaient subi une sévère transformation. A l’époque le hall d’accueil était d’un vert turquoise laiteux, aujourd’hui, il était d’un gris très select, le comptoir était noir laqué, les fauteuil du coin gauche où attendait les visiteurs était en cuir noir également. Sur une petite table étaient disposés des revues dans un désordre qui apparut à John très lissé. La seule chose qui n’avait pas changé, et pour cause, était la disposition des ascenseurs, qui se trouvaient derrière le comptoir de l’accueil.
John se dirigea vers le comptoir laqué noir, où siégeait une jeune secrétaire qui était elle aussi très lissé, bon chic bon genre. C’était une jeune femme rouquine, à la peau laiteuse. Son visage était criblé de taches de rousseur, particulièrement concentrés sur les pommettes et le nez. Elle avait également de jolis yeux verts, assez malicieux, ce qui coupait radicalement avec l’image générale qu’elle présentait. Quand la jeune femme vit arriver Barnes, elle lui fit un grand sourire et lui demanda le but de sa venue :
« - Bonjour, Monsieur, vous êtes très matinal, je suppose que vous êtes attendu ?
- En effet mademoiselle, j’ai rendez-vous avec monsieur Steve Parker. » Lâcha simplement John.
« - Je vous annonce, si vous voulez bien patienter à côté monsieur. »
John alla nonchalamment s’asseoir dans l’un des confortables fauteuils en cuir qu’il avait remarqué en arrivant. Il entendit la secrétaire annoncer son arrivée à son ancien collègue, mais la conversation fut plus longue qu’il ne l’aurait crue, mais il ne parvint pas à comprendre la nature du débat qui opposée la secrétaire à Parker. Enfin elle raccrocha, puis appela John.
« - Monsieur s’il vous plaît ?
- Oui ?
- Je vais vous demander de me suivre.
- Bien, mais si vous voulez me conduire chez Parker, je sais où se trouve son… »
Mais elle le coupa vivement.
« - Monsieur, pardonnez-moi, mais nous avons des règles de sécurité très strictes que je me dois de respecter. Monsieur Parker m’a demandé de vous laisser monter, mais je ne peux me permettre cela. Je ne vous ai jamais vu descendre ici, je ne vous connais pas, je vous demande donc de pardonner cette attitude, mais je vous demande également de me mettre à ma place. Et… »
Cette fois c’est John qui la coupa :
« - Ne vous inquiétez pas, je comprends tout à fait votre position. Je vous informe néanmoins que j’ai travaillé ici, il y a bien longtemps maintenant, en espérant que cela puisse lever les doutes que vous avez à mon encontre. »
Elle le regarda si intensément, qu’elle réussit à le mettre mal à l’aise. Puis aussi brusquement qu’elle s’était arrêtée, elle se dirigea vers les ascenseurs, en lui lançant :
« - Bien, suivez-moi ! »
John la suivit docilement, mais elle était parvenue à l’agacer. Pour qui se prenait cette petite mijaurée ? Ils entrèrent dans l’ascenseur, elle appuya sur le vingt et unième étage, et l’engin décolla immédiatement, il accéléra pendant un petit moment, et il atteint rapidement sa vitesse de croisière, les étages défilaient prestement sur l’écran à cristaux liquides au-dessus du tableau de commande. Les ascenseurs eux aussi avaient été changés, ils étaient du dernier cri.
Bientôt, ils arrivèrent à destination. Les portes s’effacèrent devant eux, et elles laissèrent place à un immense accueil, où trônait un bureau de secrétariat, mais sans secrétaire, et les mêmes fauteuils en cuir que ceux qu’il y avait dans l’entrée. La décoration était minimale, une moquette unie gris clair, de la moquette murale noire légèrement chiné de blanc cassé, quelques tableaux d’art conceptuel accroché au mur, une plante verte abandonnée dans un coin et des plaintes en bois vernis. La jeune femme lui indiqua la porte à double battant, du même bois que les plaintes, excentrée derrière le bureau de la secrétaire désert. Il avança dans sa direction, et il entendit les portes de l’ascenseur se refermer. Il se retourna, et constata que la secrétaire était repartie avec l’ascenseur. « Règles de sécurité très strictes hein ? Tu parles ! » Pensa Barnes. John regarda sa montre, il était six heures moins cinq passées.
Il frappa à la porte, attendit, mais personne ne répondit. Parker devait pourtant être là, n’avait-il pas discuté avec cette petite sotte de l’entrée ? Il frappa à nouveau, même réponse : Le silence. John saisit la poignée, la tourna, et poussa la porte. Il pénétra dans un bureau immense, qui n’avait rien à voir avec les minuscules cages à lapin de son temps. Au milieu de la pièce trônait un bureau qui n’avait rien à envier à celui d’un ministre, un magnifique fauteuil en cuir était disposé derrière, le bureau était rangé de manière impeccable, un ordinateur siégeait sur une extrémité, un sous main en face du fauteuil, un classeur sur l’autre extrémité composait l’essentiel des accessoires du meuble. Un superbe canapé en cuir était dos à une grande baie vitrée d’où on pouvait admirer les buildings du quartier d’affaire d’Atlanta. Sur la gauche au bout de la vitre, une porte ouverte donnait sur une autre pièce d’ou provenait le brouhaha de ce qui semblait être la télévision. John y entra et découvrit Steve Parker assis dans un canapé en cuir marron entrain de regarder les nouvelles sur une chaîne du câble.
John se racla délicatement la gorge, et Steve se retourna, il avait un visage grave. Steve Parker était un homme assez grand, avec un début d’embonpoint, il était brun, avec une sérieuse calvitie qui n’avait épargné que les cheveux sur les côtés du crâne. Il portait des lunettes légèrement fumées, avait une cigarette coincée entre ses deux fines lèvres surmontées d’une petite moustache. Visiblement, il avait passé une nuit blanche lui aussi, car il n’était pas rasé. Pour tout accueil, Steve dit à John :
« - On a un putain de problème ! »
Barnes resta immobile sur le seuil de la porte un petit moment, puis il demanda enfin :
« - Matters ?
- Ca y ressemble…
- Mais, c’est impossible tu…
- Oui, je l’ai tué moi-même ! » coupa Parker.
Steve Parker se leva du canapé où il était assis, alla se servir une tasse de café, il en fit de même pour Barnes. Il tendit la tasse à Barnes, se saisit d’une télécommande qui était posée sur le bras du fauteuil, et rembobina une cassette qui était dans le magnétoscope.
« - Assieds-toi John, il faut que je te montre quelque chose que j’ai enregistré peu de temps avant que tu arrives. »
John s’exécuta, et Steve démarra le magnétoscope. C’était un flash d’information d’une chaîne française appelée LCI. John comprenait le français, bien que cela fasse un moment qu’il n’avait pas pratiqué. Le présentateur parlait d’une catastrophe sans précédent qui avait eu lieu dans une ville du Nord de la France, et qui avait ravagé plusieurs quartiers sur prés d’un kilomètre de diamètre. Puis il s’effaça pour laisser place à un reportage qui commença par un plan pris d’hélicoptère. Il montrait l’étendue des dégâts, c’était impressionnant : Les ruines étaient concentrées sur une surface circulaire, et cessaient de manière très nette. Les images montraient une rue où toutes les maisons du trottoir gauche étaient pulvérisées, alors que celles de droites étaient intactes, ainsi que leurs habitants. Ensuite les images montraient un hôpital où avaient été emmenés les cadavres, et la voix off expliquait qu’il n’y avait eu qu’un seul survivant, et qu’il était en réanimation ici. Les spéculations des journalistes allaient bon train, ils soupçonnaient le gaz, une attaque nucléaire, et d’autres hypothèses totalement farfelues. La bande arriva au bout du temps enregistré, et le présentateur qui était passé à un autre sujet, n’eut le temps que de l’annoncer, et il fut englouti par la neige électronique. Steve Parker éteignit le magnéto, vint se rasseoir à côté de John, et but une gorgée de café, mais ne desserra pas les dents. John quant à lui, était atterré, il restait à fixer l’écran de télévision en prise à une intense agitation dans la tête. Il réussit enfin à articuler :
« - C’est impossible Steve !
- Impossible ? Va dire ça aux français !
- Non, ce que je veux dire c’est qu’un tel pouvoir de destruction est impossible, même pour Matters !
- Matters est mort John ! Mais je sais qui va pouvoir nous renseigner, et même nous donner la solution de l’énigme.
- Tu ne veux quand même pas… ?
- Moi je ne veux rien, mais nous, nous allons aller faire un petit tour dans le Nord de la France !
- Comment ça nous ?
- Eh bien tu vas venir avec moi John.
- Il en est hors de question ! Je ne peux pas abandonner ma femme comme ça, et puis je ne travaille plus ici tu te souviens ?
- Doucement, doucement. Calme-toi, tu appelleras ta femme pour qu’elle te prépare ta valise, et tu sais pertinemment, qu’on ne démissionne jamais réellement de la NSA.
- Mais…
- Il n’y a pas de mais, tu ne voudrais pas que j’ai à dire en haut lieu que tu n’acceptes pas une collaboration pour le projet « Gravity » , n’est-ce pas John ? Et puis tu étais un des acteurs principaux de ce projet, j’aurai besoin de toi. »
John était furieux, mais il savait également qu’on ne pouvait s’opposer à la NSA sans en pâtir gravement, voire en mourir surtout lorsqu’il s’agit d’un projet ultra secret comme « Gravity ».
« - Ok, on part quand ?
- Je t’attendrai à l’aéroport à 11h30, mais pour l’instant j’aimerai que tu me donnes ton avis sur ce que je t’ai montré.
- Eh bien, cela ressemble à ce qu’était capable de faire Mark Matters, mais à une échelle démesurée. Ils ont dit dans le reportage que la sphère d’influence était d’un kilomètre, alors que Matters était capable d’à peine trente cinq mètres…
- Tu penses que les français ont mené les mêmes recherches que nous ? » Demanda Parker avec un regard intense.
« - Cela me semble peu probable, nous n’avions eu aucun problème d’espionnage à l’époque de « Gravity », de plus, nous-même avions découvert cette technologie par pur hasard. Matters avait été exposé à ce rayonnement par accident. » Répondit John Barnes.
« - Mouais ! Ca ne nous avance pas beaucoup… Tu as une idée ?
- Non pas vraiment, mais ce que je trouve troublant, c’est qu’il n’y ait eu qu’un survivant là-bas, je mettrais ma main au feu, que cette personne est à l’origine de cette catastrophe. Mais comment elle s’y est prise, ou d’où elle tient ce pouvoir, je ne peux pas te l’expliquer.
- Très bien, alors tu n’auras pas à prévenir ta femme par téléphone, tu vas rentrer chez toi faire tes valises et je t’attends à l’aéroport tout à l’heure. Tu iras à la porte d’embarquement de l’avion pour New York de 12h15. De là nous prendrons le premier vol pour Paris.
- Bien, veux-tu que je prenne mes dossiers de recherches préliminaires sur le projet « Gravity » ?
- Tu as des dossiers chez toi ? ! » s’exclama Parker ahuri.
« - Disons que déjà à l’époque je m’étais constitué une petite assurance contre la NSA, ce n’est pas moi qui vais t'apprendre comment les choses fonctionnent avec cette agence, non?
- Tu as toujours été plus malin que tu as bien voulu le montrer John…
Sur ces mots, John Barnes pris congé de Steve Parker, et s’en fut chez lui. Steve Parker quant à lui, attrapa le combiné du téléphone, composa un numéro et attendit qu’on décroche. Une voix endormie répondit :
« - Bonjour monsieur, Steve Parker à l’appareil.
- Parker ? Vous êtes tombé du lit ou quoi ? Vous avez vu l’heure qu’il est ?
- J’en suis conscient monsieur, et à vrai dire pour ma part je suis debout depuis 4 heures ce matin.
- Si vous êtes insomniaque mon vieux, ce n’est pas une raison pour réveiller les honnêtes gens si tôt !
- En effet, ce n’en est pas une, mais si je vous dis que je vous réveille pour vous parler de « Gravity » ?
- Oui, c’est un vieux projet dont j’ai vaguement entendu parler mais…
- Disons que ce dossier va peut-être être remis au goût du jour…
- Comment ça ? »
Steve rapporta toute l’histoire à son interlocuteur, et le mit au courant également de son intention d’aller en Europe pour voir le problème d’un peu plus prés. Son interlocuteur lui répondit qu’il allait s’enquérir de la teneur de ce dossier, et qu’il le préviendrait quoi faire par téléphone. Sur ce, Steve raccrocha, et resta assis dans le fauteuil le regard dans le vague, en pleine réflexion.
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Shotaro
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MessageSujet: Re: Gravity   Jeu 15 Juin - 2:58

IV






Michelle reprit conscience d’une manière qui lui parut étrange, elle ne se réveilla pas, on aurait plutôt dit que la réalité redevint physique autour d’elle, comme lorsque l’on recherche une chaîne sur un poste de télévision. Avant d’accrocher cette chaîne, on passe par plusieurs phases, dont la neige électronique et l’image brouillée par cette neige. La seule différence avec cette analogie, c’est que Michelle en cherchant à reprendre pied dans la réalité, y fut projeté violemment comme dans un flash. Elle découvrit ce qui l’entourait, et à première vue, elle devait se trouver dans une chambre d’Hôpital, elle était allongée dans un lit aux armatures tubulaires métalliques caractéristiques. Les murs étaient divisés horizontalement par deux couleurs bleues, celle proche du sol était bleu turquoise profond, et la partie allant vers le plafond était du même ton, mais plus laiteux, allongé de blanc. Juste en face d’elle, Michelle avait une télévision accrochée au mur, sur sa droite une table de nuit où trônaient une carafe d’eau et un verre, et au fond de la pièce à gauche, une porte devait donné sur la salle de bain et les toilettes. Sur sa gauche également se trouvait un oscilloscope qui émettait un bip aigu à chaque pulsation de son cœur. Elle se saisit du verre, et le remplit d’eau jusqu’au bord, et le but d’un trait, si goulûment qu’elle en renversa une partie sur la blouse qu’elle portait. Alors qu‘elle essayait d’éponger l’eau qui perlait, elle se rendit compte en soulevant les couvertures que c’était le seul vêtement qu’elle avait. Au moment où elle allait se demander ce qu’elle faisait là, un kaléidoscope d’image lui revint si violemment en mémoire qu’elle en lâcha le verre pour se prendre la tête à deux mains. Elle se revoyait sous les décombres, mais également des flashes de la destruction elle même, puis les lumières des véhicules de secours au loin, le pompier qui la rattrapa au moment ou elle s’évanouissait et puis le trou noir. Elle souleva les couverture à nouveau, et scruta son corps en pensant trouver une quelconque blessure, bien qu’elle ne ressentait aucune douleur. Elle ne trouva rien, elle paraissait en parfaite santé. Elle voulut se lever pour aller vers la porte du fond, mais à peine était-elle sur ses jambes, qu’elle sentit une résistance, et elle se rendit compte que c’était les capteurs de l’oscilloscope qui la tenait enchaînée à l’appareil. Michelle hésita un moment, puis arracha les électrodes, afin d’être libre de ses mouvements, et soulager ses besoins.
Quant elle revint vers le lit, elle y remarqua la feuille de suivi accrochée devant, elle la prit et la consulta. Pour tout nom il était inscrit Inconnue 14032017 3H30. La courbe de température du corps quant à elle était plus impressionnante, elle décrivait une douce courbe hyperbolique décroissante, il avait même était noté que lorsqu’on la trouva, elle devait faire plus de 43°C. Dans un coin était également noté : Pas de radio H.S. C’était tout ce que la feuille lui apprenait. Michelle se demanda quelle heure il pouvait être, il n’y avait pas de pendule dans la chambre, ni de montre à son poignet. Elle ouvrit les placards, ils étaient vides. Tout ce qu’elle avait, c’était cette blouse très peu décente, et un peignoir dans la salle de bain. Elle décida de prendre une douche, car elle n’était pas très propre, son cuir chevelu la grattait horriblement, et il lui restait des traces de poussière mélangée à de la terre un peu partout.
Sous la douche, Michelle eut l’impression de réellement sortir de la torpeur qui ne l’avait pas quitté depuis le réveil, comme si tout ceci n’était qu’un rêve. Mais elle dû se rendre à l’évidence une fois qu’elle fut propre, sèche, et peignée comme elle le put, car elle n’avait pas de nécessaire de toilette, ce n’était pas un rêve. Elle enfila le peignoir et entreprit de retourner dans la chambre.
Lorsqu’elle pénétra dans la chambre, un homme était assis sur le bord du lit, et lisait un dossier, il releva la tête en entendant la porte s’ouvrir, lui sourit doucement, et lui déclara :
« - Bonjour mademoiselle, je vois que vous allez bien, et je m’en réjouis… »
Michelle resta interdite par la surprise.
« - Rien ne vaut une bonne douche pour remettre les idées en place, je suis le Docteur Antoine Louis…
- Qu’est-ce qui m’est arrivé ? » envoya Michelle sans tenir compte des politesses du médecin.
« - Eh bien, les sauveteurs ne savent pas encore très bien ce qui s’est passé, il y a eu une destruction massive sur un rayon de 500 mètres, et on vous a retrouvé au milieu des décombres, saine et sauve. » Répondit le docteur Louis.
Ingrid observait le médecin, c’était un homme au teint très bronzé, de ceux qui passe leurs vacances allongées sur le sable à prendre le soleil ou des heures sous les lampes à bronzer. Michelle opta pour cette dernière solution, il n’avait pas l’air homme à se prélasser au soleil. Il était assez grand, une fort belle carrure, et visiblement bâti comme un sportif, ce qu’il avait du être dans sa jeunesse. Ses cheveux bruns cédaient au blanc sur les tempes, des yeux marron et vifs. Son visage quant à lui, était carré, des rides de celles qui ajoutent au caractère et à la beauté même, cerclaient ses yeux, et les commissures des lèvres. Michelle lui aurait donné quarante-sept ou quarante-huit ans, et somme toute encore bel homme.
« - Je n’ai rien ?
- A priori, vous avez eu une montée de température qui est hors norme, mais maintenant tout est rentré dans l’ordre, et ma foi, c’est tout ce que je peux dire. Vous m’avez l’air en bonne santé maintenant.
- Combien de rescapés ?
- Euh. Vous… Vous êtes la seule pour l’instant…
- Coup de bol hein ?
- On peut dire ça comme ça… Mais dites-moi Mademoiselle, pourriez-vous me communiquer votre nom?
- Je m’appelle Michelle Barclay-Matters… Mais tout le monde m’appelle Michelle Matters.
- Bien, l’infirmier qui s’occupe de vous va venir vous donner un formulaire à remplir, mais vous avez le temps n’est-ce pas, ce n’est pas pressé.
- Je sors quand ?
- J’aimerais encore vous garder au moins quarante huit heures en observation, et ensuite vous serez libre de partir… Ah au fait tant que j’y pense, vous aurez la visite d’inspecteurs de la police dans la journée, ils on des questions à vous poser au sujet de la catastrophe…
- Ce sera vite vu, je faisais comme la plupart des gens à cette heure, je dormais… »
Le médecin lui fit son doux sourire, et quitta la chambre. Michelle n’eut pas le temps de rester seule longtemps, la porte s’ouvrit à peine cinq minutes après que le docteur l’eut quitté. Un homme d’une petite trentaine d’années, blond, et souriant s ‘avança vers elle, en lui tendant un dossier.
« - Bonjour ! Je suis Adrien Barbot, l’infirmier de garde aujourd’hui, le docteur Louis m’a demandé de m’occuper de vous, et accessoirement de vous apporter ceci, c’est un formulaire d’admission et de renseignements personnels. »
Michelle le regarda, hébétée, il avait un débit de paroles impressionnant ! Elle lui pris le formulaire, et ne put lui répondre qu’un timide « Merci… »
« - Si vous avez envie de quelque chose, de manger, d’un renseignement, ou quoique ce soit d’autre, n’hésitez pas à me demander. Je suis votre infirmier personnel, il faut dire que malheureusement, il n’y a eu aucun survivant dans cette catastrophe, à part vous. De plus…
- Monsieur Barbot, vous parlez toujours autant ?
- Oh ! Je suis désolé, c’est vrai je suis un peu bavard, et je m’en excuse, et puis j’ai été maladroit, je vous prie d’accepter mes excuses, je vous assure que cela ne se reproduira plus et…
Michelle resta là à le regarder, un sourire se dessinant sur son visage, et tandis qu’il parlait, Adrien Barbot s’en rendit compte et il stoppa net son flot de paroles. Et finit juste par ajouter :
« - Si vous avez besoin, sonnez… »
Il tourna les talons, et sortit de la chambre aussi vite qu’il y était entré. Michelle resta de nouveau seule, il l’avait totalement abasourdie. Elle lut le formulaire, et tenta de trouver un stylo dans la chambre mais ce fût peine perdue. Elle entreprit d’aller dans le hall de l’hôpital, il y avait toujours quelques boutiques pour dépanner les distraits qui venaient visiter des malades sans fleurs où cadeaux, elle y trouverait certainement un crayon.
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MessageSujet: Re: Gravity   Jeu 15 Juin - 2:58

Le hall de l’hôpital était très agité, à l’entrée était stationnée une meute de journalistes, qui était retenue par un cordon de police, et ils faisaient un boucan de tous les diables. Des hommes discutaient avec des gens en pleurs, Michelle songea qu’il devait s’agir des familles des malheureux qui avaient péri dans la catastrophe. Une femme était pliée en deux par le chagrin, elle était soutenue par deux autres personnes, qui faisaient des pieds et des mains pour la réconforter. Tout à coup, Michelle éprouva un sentiment de honte d’être sortie de cette épreuve vivante et indemne, elle se précipita dans la première boutique qu’elle trouva, pour échapper à ce spectacle qui la mettait mal à l’aise.
Dans la boutique il y avait les babioles habituelles, fleurs, cadeaux bon marché et de mauvais goût, mais dans un recoin, Michelle vit des vêtements, et elle réalisa que tout ce qu’elle possédait était sous les décombres de sa maison. Elle s’approcha, et choisit un pantalon jaune beige, un sweat-shirt assorti, il y avait même des baskets rouges qui étaient à sa taille. Ce n’était pas tout à fait ce qu’elle portait habituellement, mais c’était toujours mieux et plus décent que le simple peignoir qu’elle avait sur le dos actuellement. Elle paya par Digi-Visa, elle appliqua son pouce sur le lecteur, et la somme fut débitée de son compte instantanément. Elle allait remonter prestement vers sa chambre lorsqu’un inconnu l’attrapa par le bras :
« - Mademoiselle Matters ?
- Oui, qui êtes vous ?
- Inspecteur David Lavic, police scientifique…
- C’est vous qui souhaitez m’interroger sur ce qui s’est passé ? Le docteur Louis m’a dit que vous vouliez me voir…
- Exact, c’est moi. Vous voulez m’accorder quelques instants ?
- Je vous en prie…
- Je vous offre un café, nous serons plus à l’aise…
Ils se dirigèrent vers la cafétéria tout à fait au fond du hall et s’assirent à une table. L’inspecteur Lavic commença directement :
« - Vous êtes mademoiselle Michelle Barclay-Matters, fille d’Hélène Matters et de Samuel Barclay. Votre père est mort alors que vous étiez toute petite, votre mère travaillait comme vendeuse dans cette ville. Vous m’arrêtez si je me trompe mademoiselle…
- Pour l’instant je vois que vous êtes bien renseigné, ce que je trouve impressionnant si je compte que le docteur qui s’est occupé de moi ne connaissait pas mon nom il y a à peine une heure…
- C’est normal, nous avons fait des recherches par rapport au cadastre, puis des recoupements avec les témoignages du pompier et des ambulanciers qui vous ont amené ici, et ensuite avec le nom, et le permis de conduire, cela a été simple….
- Donc ?
- Eh bien, j’aimerai avoir votre version de l’histoire…
- Comme je l’ai dit au docteur Louis, j’étais entrain de dormir au moment de… Eh bien de cette sorte d’explosion, ou je ne sais quoi, mais peut-être m’en apprendrez-vous plus ?
- Nous ne savons pas encore ce qui a causé cette destruction massive, mais je peux vous dire que vous êtes passée par une belle porte, à moins bien sûr que vous ne l’ayez ouverte vous même, cette porte…
- Que dois-je comprendre Inspecteur ?
- Oh rien de particulier, mais vous avouerez qu’il y a de quoi se poser des questions. Cinq cents vingt-huit cadavres pour l’instant, et une seule rescapée… Vous.
- Ne seriez vous pas entrain de me soupçonner d’être à l’origine de ce massacre ? Parce que si c’est le cas… »
Michelle commençait à se lever pour partir, une fureur montait en elle, comment osait-il ?
« Oh là ! Jeune fille ! Calmons-nous, je ne fais que mon enquête, allons asseyez-v… »
A cet instant, alors qu’il lui attrapait le bras pour la retenir, les tasses de café posées sur la table explosèrent en mille morceaux, et tachèrent le costume de l’inspecteur. Il resta interdit, fixant Michelle qui avait une franche colère inscrite dans les yeux, elle n’avait même pas prêté attention à l’incident des tasses et elle lui décocha :
« - Ecoutez-moi bien ! Vous êtes flic et vous faites votre boulot, mais si c’est pour m’accuser de telles fadaises, vous feriez tout aussi bien de repartir sur les lieux et mener une véritable enquête ! ! Vous pensez que j’ai inventé la nouvelle bombe nucléaire ou quoi ? Une dernière chose… » Michelle jeta un œil sur son bras, et appuya davantage son regard, mais baissa la voix. « - Lâchez-moi… »
A peine avait-elle prononcé ces derniers mots que l’inspecteur Lavic desserra instantanément sa poigne autour de son bras. L’inspecteur était hébété, il avait été soufflé par la force que la jeune femme dégageait, elle avait les cheveux qui avaient gonflé comme lorsqu’ils sont chargés d’électricité statique. Son regard pénétrait au plus profond du jeune inspecteur, sans le quitter des yeux, elle rajusta son peignoir, attrapa le sac où se trouvaient ses vêtements, et lui dit enfin :
« - S’il vous venait des questions auxquelles je serai susceptible de pouvoir répondre, demandez le numéro de ma chambre au Docteur Louis ! »
Sur cela, elle laissa l’inspecteur et son costume tâché, et s’en fût vers les ascenseurs pour remonter dans sa chambre.
Dans le même instant, la serveuse arriva pour nettoyez les dégâts, et s’enquit de savoir ce qui s’était passé pour qu’il soit dans cet état, et à y réfléchir, Lavic ne sut que répondre. Il n’avait pas d’explications à ce phénomène auquel il avait assisté, mais il fit très rapidement le corollaire avec la catastrophe de la nuit précédente, il devait rentrer faire son rapport maintenant. Il jeta un œil à sa veste et sa chemise tâchées de café, il remarqua que deux de ses boutons de chemise avaient disparu, et qu’un de sa veste était cassé, il n’en restait que la moitié attaché au bout du fil. Ceci conforta Lavic dans l’idée que cette Michelle Matters avait plus à lui apprendre qu’elle ne voulait bien lui dire jusqu’ici.
Quand Michelle avança la main vers le bouton pour appeler l’ascenseur, un arc bleuté d’électricité statique se développa entre les deux cela grilla la diode qui était sensée avertir que l’engin était en route. Michelle retira vivement sa main, plus par réflexe que par réelle douleur, et resta à fixer le bouton en se suçant le bout du doigt. Elle songea que les espèces de chaussons en simili plastique qu’elle avait trouvé dans la chambre avec lesquels elle déambulait, avait dû charger son corps en électricité, en conséquence du frottement avec le sol plastifié de l’hôpital. Ce n’était pas la première fois que cela lui arrivait, elle était sujette à se charger facilement en électricité. Elle devait être une sorte d’électrolytique. Les portes s’ouvrirent dans un ding joyeux. Michelle remonta dans sa chambre, et s’en fut presque aussitôt se changer dans la salle de bain. Elle en ressortit bientôt habillée de son sweat-shirt, son pantalon, et ses baskets, elle n’était pas tout à fait à l’aise, car elle n’avait pas trouvé de sous-vêtements, mais c’était quand même mieux que ce peignoir. Ainsi habillée, elle ressortit, et se dirigea au bureau de permanence des infirmières, il lui était venue une idée pour se procurer des sous-vêtements, elle entra dans le bureau. En fait de bureau, c’était une petite cuisine, avec lavabo, cuisinière, réfrigérateur, et table. Deux jeunes femmes se trouvaient ici, à boire le café, elles devaient se trouver en pause, ou bien l’étage était calme…
« - Que vous arrive-t-il mademoiselle ? Il faudrait ne pas vous lever si vite…
- Ne vous inquiétez pas je vais bien, j’aimerez seulement que vous me rendiez un service s’il vous plaît.
- Nous vous écoutons…
- L’une de vous pourrait-elle me ramener des sous-vêtements lorsque vous aurez fini votre service, il va sans dire que je vous payerai ce qu’il faut…
- Oh oui, vous êtes la jeune fille qui est sortie vivante de l’explosion ?
- Oui, en effet…
- Ne vous inquiétez pas, je fini mon service dans une heure j’irez vous chercher ce qu’il faut !
Michelle remercia les infirmières, leur communiqua ses mensurations, les remercia à nouveau, puis prit congé pour retourner dans sa chambre.
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Sophie Tremblay
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MessageSujet: Re: Gravity   Jeu 15 Juin - 11:36

OUF ! >.<
Je serai bref, tu as de l'inspi, du courage et du talent. Tic!
Hehehe peut être c'est parce que je file la pire indigestion Euh... ou qu'il est 4:31 du mat.. bah en somme, les sens putainement altérés...
.. mais je trouve que ça a du sens ce truc... c'est vachement super méga bien au cube ouais La tête à Toto

... Alors...
Hem...
...
BON COURAGE MEC !!! T'AS LE SUPPORT DE MOIIIIIIIIIIIIEUH >.<"
(et perso, je peux affirmer que t'es mailleur que certain écrivain pro... bah yen a qui sont nul c'est sur Gnark mais continu sur cette voie chef, c'est interessant ce que tu nous raconte là)

Putain ce post n'en finis pas de finir.... ciao la compäääAgniiiieuh Arrow
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MessageSujet: Re: Gravity   Ven 16 Juin - 11:29

lol merci bien! Bon comme dit tout au debut dans le premier post, c'est gavé de fautes vu qu'à la base ce n'était pasprévu à être "publié" sur quelque support que ce soit. De plus comme ce ne sont que mes idées jetées comme ça pour avoir une trame, normalement, si je m'y remets ca sera réécrit dès le départ en appliquant un réel style narratif et plus de fautes (enfin énôÔÔôrmément moins en tout cas ^^).

Bon je double poste et je mets le prochain chapitre.
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MessageSujet: Re: Gravity   Ven 16 Juin - 11:32

V






Barnes venait de finir sa valise, il descendait l’escalier pour aller boire un café en compagnie de sa femme. Il déposa son bagage dans l’entrée, et entra dans la cuisine, sa femme l’accueillit avec son large sourire qu’il lui connaissait depuis plus de quarante ans qu’ils étaient mariés. Elle se détourna vers la cafetière emplit un mug de café, et le tendit à son mari. John était épuisé, ce n’était plus le genre de choses qu’un homme de son âge devait faire, partir à plus de dix milles kilomètres de chez lui. Lorsqu’il eut avalé une grosse gorgée, il soupira. Sa femme lui serra le bras :
« - Tu n’es pas enchanté de partir n’est-ce pas ?
- Visiter la France comme touriste ne me dérangerait pas, mais là, nous allons passer notre temps sur les routes à chercher quelque chose que nous ne trouverons peut-être pas…
- Pourquoi Steve veut-il que tu l’accompagnes ? Il peut très bien s’occuper de ça lui même non ?
- Ce n’est pas aussi simple, Annie…
- C’est en rapport avec la catastrophe qu’il s’y est produite ?
- Oui…
- Tu veux en parler ?
- Non, je ne peux pas ma chérie, c’est classé Projet Ultra Secret, et puis je préfère que tu ignores tout de ceci, c’est plus prudent…
- Il y a du danger ?
- Ce n’est pas de ce qu’il y a en France qui me fait peur, mais eux…
Sa femme ne répondit rien, et John n’eut pas le courage ni la force de relancer la conversation sur un autre sujet. C’est alors qu’il entendit le moteur d’un gros camion s’arrêter devant chez lui. Au bout d’un court moment, la sonnette retentit. John alla ouvrir, et il découvrit un jeune militaire en tenue de combat, armé, et casqué du célèbre logo « M.P. ».
« - Je suis le lieutenant Thomas O’Hara, je cherche monsieur Barnes, John.
- C’est moi, mais que…
- Monsieur Barnes, c’est monsieur Steven Parker qui nous envoie. Je suis chargé d’assurer votre sécurité jusqu’à l’aéroport, monsieur.
- Il doit y avoir erreur, je dois le retrouver effectivement à l’aéroport, mais pas avant 11h45, Il n’est que 10h !
- Il y a eu un changement de programme, monsieur. Vous prenez un jet privé, et je dois vous y emmener tout de suite.
- Vous me laisser quand même le temps de dire au revoir à ma femme !
- Faites vite monsieur.
Sur ces mots, le jeune officier tourna les talons dans un geste impeccable, et s’en fut vers le camion. John se retourna vers Annie, qui était, elle aussi, arrivée sur le pas de la porte, il lui déposa un tendre baiser sur la joue, lui fit un sourire emprunt d’amour et de tristesse. Ils ne se dirent rien, John prit sa valise et sa serviette, et rejoignit d’un pas lent le camion militaire qui démarra immédiatement. Annie restait sur le pas de la porte, John se retourna une dernière fois avant de grimper à bord, et fit un signe de la main. Le camion emmena Barnes à toute allure, vers un terrain d’aviation privé, non loin de l’aéroport. John sentit une bouffée d’angoisse lui monter à la gorge, ce qui devait être une mission d’observation scientifique, puait de plus en plus le débarquement militaire, et cela ne lui plaisait pas du tout. Le camion arriva sur la piste, et stoppa violemment. John Barnes descendit du véhicule, et à sa grande surprise, des hommes en descendaient eux aussi, mais de l’arrière.
Steve Parker était là, en discussion avec une personne, qui avait tout l’air d’être un civil. Le sang de Barnes ne fit qu’un tour, et il se dirigea d’un pas énergique vers Parker.
« - Steve ! Il faut que je te parle !
- Un instant John…
- TOUT DE SUITE ! !
- Du calme, du calme ! Me voilà…
- Qu’est-ce que c’est que tout ce cirque ? !
- Eh bien, mes supérieurs pensent que cela pourrait être dangereux pour nous si nous y allons seuls, ils nous ont donc adjoint dix hommes, pour assurer notre sécurité…
- Et tu te figures que je vais avaler ces tissus de conneries ? Tu te fous ouvertement de ma gueule Parker ! Tu veux ramener la personne qui est très certainement à l’origine de tout ça hein ? HEIN ?
- John vient avec moi un instant, s’il te plaît…
Barnes et Parker s’éloignèrent, et disparurent derrière le mur du bureau d’envol de la petite piste privée. A peine hors de vue des autres membres de l’expédition, Parker empoigna Barnes par le col, et le plaqua contre le mur.
« - Ecoute-moi bien vieil abruti ! Le gars qui a été capable de produire ce qui s’est passé dans le nord de la France, est une menace pour la sécurité des Etats-Unis, alors le meilleur moyen de lutter contre ce mec, c’est de l’avoir avec nous, tu piges ? Et ce n’est pas un vieux scientifique déclinant comme toi qui va nous foutre des bâtons dans les roues !
- C’est ça, j’avais raison, vous voulez l’enlever avant que les français ne pigent que c’est un individu qui est la cause de ce merdier…
- T’as tout pigé Barnes ! Maintenant, écoute moi bien, si tu viens, c’est uniquement parce que tu étais l’ingénieur premier sur « Gravity », et que tu peux nous fournir des renseignements importants qui nous aiderons à capturer ce mec. Mais ne te mets pas en travers de mon chemin, Barnes…
- Sinon quoi ? Hein tu me buteras ?
Pour seule réponse, Parker pointa son index imitant la forme que prend la main lorsque l’on appuie sur la gâchette. Il repartit rapidement vers le groupe de militaire, et lança des ordres pour procéder à l’embarquement du matériel et des hommes.
Barnes resta là un moment, choqué, bien qu’il sut dés le départ que cela se terminerait comme ça. Les militaires ne peuvent s’empêcher de foutre le bordel où qu’ils aillent en temps de paix songea-t-il. Il marcha lentement vers ses bagages qu’il avait lâchés prés de Parker et de la personne qui se trouvait être le pilote tout à l’heure.
Les hommes chargeaient de lourdes flight case dans le jet privé que Steve avait fait affrété. John ne put s’empêcher de penser qu’ils s’embarquaient pour un véritable mini guerre, les malles devaient contenir un véritable arsenal. Bientôt le pilote l’invita à monter à bord, et John s’exécuta.
Le jet pouvait accueillir jusqu’à vingt personnes, mais ils n’étaient que douze. John repéra les places déjà prises, et remarqua que les soldats s’étaient sagement installés dans le sacro-saint ordre militaire qu’on leur inculquait. Il restait donc dix places vides au fond de l’appareil, et il choisit celle qui était la plus isolée du reste du groupe. Il s’assit, ouvrit sa mallette, en extrait un dossier, chaussa ses lunettes, et commença à le feuilleter. Dans le même temps, les autres passagers commençaient à embarquer, et les moteurs du jet démarrèrent. Bientôt, l’avion décolla à destination de la France.
Le fait de relire ces vieux dossiers, replongea le Professeur en physique John Barnes dans de vieux et peu agréables souvenirs.
Il s’agissait d’un programme ultra secret nommé « Gravity ». A l’époque, le gouvernement américain lui avait donné son aval, bien qu’il ne comprenne pas vraiment les implications réelles, John en était convaincu, autant à l’époque qu’aujourd’hui. Ils avaient joué aux apprentis sorciers. Officiellement c’était un projet de recherche génétique, mais les fonctionnaires gouvernementaux n’avaient pas sourcillé de voir affecté à ce projet au milieu des biologistes et des chimistes, une dizaine de scientifiques dont la spécialité était la physique quantique expérimentale. Ils travaillaient effectivement tous de concert sur la génétique humaine, mais pas de la manière que l’on aurait pu croire. En 1995 les scientifiques de l’époque possédaient déjà la carte du génome humain, bien que cela ne fut rendu public qu’en 2000. Le projet consistait à modifier l’A.D.N. humain afin de rendre l’homme plus fort, plus adroit, plus qu’humain. Non pas en manipulant les gènes un par un, mais en traitant la chaîne d’A.D.N. dans son ensemble, et non au niveau chimique, mais à un niveau plus profond encore. Le cœur du projet était la modification du génome humain au niveau quantique, particulaire. Les gènes gardaient leur propres champs d’action, mais on les renforçait à travers leur structure elle même, on modifiait la chaîne A.D.N. dans l’interaction avec la réalité elle même, on était beaucoup plus loin que l’échelle atomique. Des recherches expérimentales furent menées de 1988 à 1995. John adhéra au projet en 1992, et passa trois années à travailler comme un acharné, nuit et jour, voire plusieurs jours d’affilé sans dormir. C’était un travail passionnant, même s’il soulevait beaucoup de problèmes d’éthique. Et en 1995 la N.S.A. se vit autorisé à lancer des recherches sur cobayes humains. John fit partie du voyage, même si ses convictions profondes n’étaient pas en adéquation avec l’homme, la fascination du projet avait soumis le scientifique. On recruta cinq cobayes parmi les militaires, afin que toute l’affaire reste « en famille ». L’un d’eux s’appelait Mark Matters, et il était celui qui offrait les meilleures bases biologiques et physiques au succès de l’expérience.
John releva la tête de ses dossiers, et observa les hommes qui l’accompagnaient, ils étaient entrain de vérifier le contenu de leur sac qui contenait des armes, certains emplissaient des chargeurs de pistolet automatiques, d’autres nettoyaient les dits pistolets, quant à Steve Parker, il écrivait dans un cahier à couverture cartonnée. John écarta l’ouverture de sa mallette et y aperçut son Beretta argenté au fond, puis il se replongea dans sa lecture.
Pendant prés de dix-huit mois, les fruits de ces recherches étaient plus que maigres, tout ce qu’ils réussissaient à créer étaient d’atroce souffrances pour les cobayes, et pas un de leurs résultats expérimentaux n’avaient trouvé réalité auprès des cobayes. Et puis un jour, alors qu’ils avaient augmenté les doses des bombardements de particules sur les hélices d’A.D.N., quelque chose de réellement significatif se passa. Deux des cinq cobayes tombèrent dans les comas, deux autres firent des chocs traumatiques énormes, et devinrent fou pour l’un, et totalement amorphe pour l’autre. Le seul qui s’en sortit sans trop de dommages était Mark Matters. Même s’il passa une semaine entière à se tordre de douleur, lorsqu’il reprit ses esprits il n’était pas devenu fou. Aussitôt, ils lui firent une batterie d’examens, pour voir ce qui s’était passé au niveau génétique et qu’elle ne fût pas leur surprise de voir que ses séquences génétiques n’avaient pas différé d’un pouce. L’équipe de scientifiques était perplexe, Mark Matters allait bien physiquement ainsi qu’au niveau psychique, mais il était resté tout à fait normal. En tout cas c’est ce qu’ils pensèrent au début. C’était en Février 1996. Mark Matters resta en observation au centre. Quand un matin, John le vit débarquer en trombe dans son bureau, excité comme une puce. Plutôt que d’essayer de parler, il tendit la main vers le bureau de Barnes où s’entassait un nombre incroyable de dossiers et de paperasses. Mark se concentra à peine, et comme par magie, les papiers commencèrent à s’élever doucement dans les airs, puis les stylos, gommes, et autres trombones. Bientôt une ronde improbable s’exécutait juste au dessus de la tête de John, même sa cravate virevoltait, et voulait la rejoindre. John était hébété, toutes ces expériences avaient doué Matters de quelque chose qui ressemblait à de la télékinésie ! Le temps de prévenir ses collègues, et John était en place afin de conduire de nouveaux tests. Au final, les résultats furent assez décevants, Mark était en pleine forme, et rien ne pouvait réellement le démarquer d’un autre homme de son âge, à part deux facteurs qui variaient de manière infime : La numération neuronale étaient très légèrement supérieure à la normale, et ses ondes cérébrales adoptaient un schéma tout aussi légèrement différent. Tout ceci ne pouvait expliquer ce don de télékinésie arrivé si soudainement. Les mois qui suivirent furent riche en rebondissements divers et variés. Mark Matters était capable d’allumer la lumière sans toucher le bouton, éteindre une bougie sans déplacer d’air, ou faire imploser un parpaing juste par la force de la pensée. Les scientifiques étaient émerveillés, mais également très frustrés, car il ne pouvait mesuré, et donc encore moins comprendre ce qui se passait. Pourtant, à force de lire et relire les résultats des tests et des mesures effectuées, John en arriva à la conclusion que Mark Matters n’était pas un télékinesique, mais il avait plutôt la capacité de générer des ondes gravitationnelles. Matters semblait pouvoir générer à volonté des ondes électromagnétiques de moyenne amplitude, en clair, il était capable d’accélérer les vibrations énergétiques au niveau subatomique même de la réalité. La N.S.A. décida que le sujet Matters devait à tout prix rester secret aux yeux du monde. Il devint bientôt plus un prisonnier, qu’un collaborateur, ce qui bien évidemment n’était pas de son goût, car il voulait revoir sa femme et sa fille qu’il avait quittées quelques semaines plutôt lors de sa dernière permission. Nous étions en Août 1997. Fin Novembre Matters s’échappa du complexe militaire où étaient menés les expériences. Les militaires partirent à sa recherche, et ne mirent pas longtemps à mettre la main dessus, mais lorsqu’ils arrivèrent à son domicile, il n’était pas disposé à les suivre bien sagement. Il usa de son pouvoir pour repousser les commandos qui investissaient sa maison. Mais cela l’épuisa énormément, il n’avait pas « l’endurance cérébrale » qu’il avait physiquement, et il se fit prendre. Une décision devait être prise quant à la suite à donner à sa collaboration. Steve Parker lui dit que puisqu’il n’était pas avec eux, il était contre eux et bien trop dangereux pour être laisser dehors. Comme il l’avait été mandaté par ses supérieurs, Steve Parker logea une balle dans la tête de Matters. C’en était fini du premier télékynésique de l’histoire de l’humanité. La N.S.A. s’en foutait royalement, elle avait des kilomètres de listings qui lui permettrait, pensait-elle, de renouveler l’expérience. C’est à cette époque que John dégoûté, quitta la N.S.A. pour faire de l’écoute radio astronomique. Ils ne purent jamais concrétiser un phénomène comme Mark Matters à nouveau et le projet fut abandonné et classé. Mark Matters fut tué le 29 Novembre 1997.
Tout était revenu de manière limpide dans la tête de John, son dégoût n’avait pas été émoussé par les années, les hommes seraient prêts à n’importe quoi pour le pouvoir. A cet instant il sut qu’il abattrait Steve sans l’ombre d’une hésitation s’il lui venait à l’idée de réserver le même sort à l’éventuel responsable de la catastrophe en France que celui de Matters. Tout en pensant à cela, il fixait Parker d’un regard noir et pesant. De toute façon, John n’avait rien à perdre car il doutait de revenir vivant de France, c’était une sorte d’intuition, plus proche de la certitude.
John rangea ses dossiers, et entreprit d’essayer de dormir, il restait encore quelques heures avant de toucher le sol français, d’ailleurs il se rendit compte que plusieurs des molosses qui les accompagnaient, étaient entrain de faire la même chose. Il s’endormit bientôt, et fit d’étranges rêves, ou se croisaient ses anciens collègues, Parker, Matters, et tout ceci dans une drôle de farandoles d’images.
Il fût réveillé par Parker, qui lui annonça :
« - Debout mon vieux, on atterrit dans une dizaine de minutes…
- Nous arrivons à Paris ?
- Non, on atterrit sur un petit aéroport de province, cela sera plus discret, et plus rapide, c’est un bled appelé Le Touquet, et une voiture nous attend déjà en bas… »
John s’ébroua, rassembla ses affaires et attendit que l’avion atterrisse.
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MessageSujet: Re: Gravity   Mar 20 Juin - 23:39

VI






Michelle avait mal dormi, elle avait fait de drôles de rêves, revoyant sa famille au milieu des décombres, la suppliant de les aider, mais elle était incapable de bouger, et par là même de leur porter secours. Elle s’était réveillée plusieurs fois en sueur au cours de la nuit. Ce matin pourtant, elle avait l’esprit un peu plus clair, elle attendait l’ultime visite du docteur Louis, pour qu’elle puisse enfin sortir de l’hôpital.
On frappa à la porte de sa chambre, Michelle allait se déplacer pour ouvrir, mais on ne lui en laissa pas le temps, et la jeune infirmière qui devait lui ramener des sous vêtement entra un sourire chaleureux aux lèvres.
« - Bonjour mademoiselle, vous allez bien ?
- Très bien je vous remercie, mais appelez moi Michelle simplement…
- Eh bien pour ma part je me nomme Suzy, je vous ai ramené ce que vous m’avez demandé hier. »
La jeune femme lui tendit un sac plastique frappé aux couleurs d’une célèbre marque de sous-vêtements. Michelle attrapa le sac, et s’enquit de suite de ce qu’elle lui devait.
« - Ne vous inquiétez pas de ça, la vendeuse et moi avons discuté, et quand elle a appris que c’était pour vous, elle ne m’a rien fait payer !
- Pourquoi ? Cette dame me connaît ?
- Non je ne pense pas, mais vous êtes une miraculée, si ce n’est pas personnellement, les gens vous connaissent parce qu’ils savent que vous êtes LA survivante de cette catastrophe…
- Alors je suis définitivement la seule à m’en être sortie…
- Je suis désolée Michelle… »
D’un coup, ce qui n’avait été qu’un rêve ultra réaliste aux yeux de Michelle, prit pied dans la réalité et lui sauta au visage. Michelle ne put que se retenir au montant de son lit, et fondit en larmes. L’infirmière se précipita, elle l’entoura de ses bras, et la berça doucement en lui parlant d’une voix très suave pour la calmer. Michelle sentait les chaudes larmes lui couler le long des joues, sa voix était cassée par les sanglots, la salinité lacrymale lui brûlait les yeux, la tête lui tournait. Elle s’agrippait désespérément à la blouse de Suzy, elle sentait une envie de vomir lui tenailler l’estomac. Suzy l’aida à s’asseoir sur le lit, tout en continuant à la réconforter.
« - Allons Michelle, vous n’allez tout de même pas vous reprocher d’en être sortie vivante ? »
Pour toute réponse, la jeune femme n’émit qu’un râle rauque étouffé et saccadé par les sanglots. Elle avait la tête enfouie dans la blouse de Suzy, elle paraissait comme une petite fille qui console son chagrin dans les jupes de sa mère.
Elle finit par se calmer et reprit ses esprits. Michelle était défigurée, ses joues étaient en feu, ses yeux gonflés par les larmes lui donnaient un regard brillant. Elle reniflait pour reprendre sa respiration, mais la jeune femme était une personne solide, et en quelques minutes elle se reprit totalement.
« - Je suis désolée Suzy, je ne sais pas ce qui m’a pris, mais tout à coup je n ‘ai pu me retenir…
- Eh bien moi je sais ce qui vous arrive, on appelle cela un choc post traumatique. Ce n’est pas rien qui vous est arrivé. A un moment ou un autre il fallait que vous preniez pleinement conscience de tout cela, ne vous excusez pas, c’est tout à fait normal. »
Michelle finit de s’essuyer les yeux au moment où le docteur Louis fit son entrée dans la chambre. Il salua l’infirmière, et s’enquit de suite de l’état de sa patiente.
« - Eh bien ? Comment allez-vous ? Je vous trouve une tête que je ne vous connaissais pas encore, Demoiselle…
- Elle vient de réaliser tout ce qui lui est arrivé, fit Suzy, et le choc a été dur à passer…
- Cela devait vous arriver, tiendrez-vous le coup ?
- Oui… Oui je pense… C’est juste que…Enfin je ne sais pas…
- Voulez-vous rester une journée de plus dans nos murs, Michelle ?
- Non merci, il faut que j’affronte tout ça, que je m’occupe des funérailles de mes parents et que je vois comment tout cela va se passer… Avez-vous des nouvelles sur ce qui a pu causer tout ce carnage ?
- Hélas non, je suis désolé… D’après la télévision, les experts pataugent totalement, ils ne trouvent aucune explication logique à tout cela.
- Très bien, je pourrais sortir vers quelle heure ?
- Eh bien vers 15h je pense… Je dois vous informer que l’inspecteur Lavic de la Police Scientifique m’a demandé la permission de venir vous voir, mais si vous le souhaitez je peux lui refuser…
- Non, ça ira, autant en finir le plus vite possible avec tout ça…
- Bien, il m’attend dans mon bureau, je vous l’envoie »
Michelle remercia le professeur Louis, et il s’en fut. Suzy était restée, et interrogea la jeune femme du regard. Michelle lui sourit doucement, et lui dit :
« - Je vous promet que je vais mieux maintenant, je peux affronter cet inspecteur toute seule… »
Suzy lui rendit son sourire, et se retira pour aller travailler. Michelle resta seule, assise sur son lit, le regard dans le vague, elle digérait cette prise de conscience, à certains moments, les larmes lui remontaient aux yeux, mais elle ne sanglota plus comme une petite fille. Elle fut tirée de ses réflexions par le bruit de quelqu’un qui frappait à sa porte, elle demanda d’entrer, et l’inspecteur Lavic s’introduisit dans la chambre.
Il avait changé de costume, pensa Michelle. Elle s’attendait à ce qu’il soit plus dur encore que la dernière fois, mais à sa surprise, il était entré avec un sourire lui barrant le visage, et le regard doux. Il s’enquit de sa santé et elle lui répondit qu’elle allait très bien.
« - Eh bien dans ce cas, je pense que nous allons pouvoir avoir une discussion constructive si vous n’y voyait pas d’objections…
- Je répondrai aux questions auxquelles je suis capable d’apporter des éléments inspecteur.
L’inspecteur Lavic la fixa un bon moment sans desserrer les mâchoires, à un point tel, que Michelle s’en trouva un peu mal à l’aise. Puis il finit par entamer son interrogatoire.
« - Vous êtes Française d’origine américaine…
- Exact.
- Bien. Vous habitiez au 17 rue Malraux, n’est-ce pas ?
- Oui.
- Vous viviez là en compagnie de votre mère Sydney Barclay-Matters, ainsi que de votre grand-mère Dorothy Matters.
- Oui.
- A quelle date êtes-vous arrivée en France ?
- Je devais avoir environ deux ans, donc c’était en 98.
- Que faisait votre père ?
- Il était marine dans la défense américaine, mais il est mort peu de temps avant que nous ne venions vivre en France.
- Savez-vous pourquoi il est mort ?
- Ecoutez inspecteur, je veux bien vous répondre, mais je ne vois pas bien ce que mon père vient faire dans toute cette histoire.
- Je vous cadre juste dans tout ce foutoire afin de m’assurer qu’il n’y a pas de risque de terrorisme de votre part ou de quelqu’un de votre famille. »
Michelle fusilla l’inspecteur Lavic du regard, mais ce dernier feignit de ne pas le remarquer, et il enchaîna ses questions.
« - Que faisiez-vous à l’heure où s’est produit cet accident ?
- Je vous l’ai déjà dit inspecteur, je dormais. Cela me semble assez normal à trois heures du matin.
- Que faites-vous dans la vie ?
- Je suis étudiante.
- Dans quel domaine ?
- Les mathématiques. Et avant que vous ne me le demandiez, je suis en maîtrise.
- Vous avez un casier judiciaire ?
- Oui, je viens de tuer 600 personnes il y a deux jours ! Mais que cherchez-vous à la fin ? Que signifient tous ces soupçons ?
Lavic ne répondit pas, mais il l’observa de nouveau avec ce même regard pénétrant. Il prit sa respiration et continua :
« - N’avez-vous rien remarqué hier après-midi au moment ou vous avez renversé les tasses de café ?
- Je ne vois pas… Que je vous ai rendu un fier service en vous obligeant à changer de tenue ? »
L’inspecteur sourit doucement, mais ne dit mot. Ingrid explosa :
« - Vous voulez jouer au plus fin avec moi inspecteur, mais je ne suis pas la dernière des imbéciles, vous voulez me mettre en rogne, seulement je ne vois pas à quelles fins ! Alors je vous en prie, mettez cartes sur tables, et peut-être avancerons-nous !
- Eh bien si vous voulez, mais je doute que cela soit de votre goût. Quand vous vous êtes levée de table hier, vous ne l’avez pas touchée, pourtant les tasses ont été projetées. On peut même dire que le café qui était à l’intérieur s’est littéralement pulvérisé sur moi comme sorti d’un aérosol. De plus, le café, même très chaud, fait rarement éclater des boutons de costumes… »
Pendant qu’il parlait, l’inspecteur fouillait dans la poche de son pantalon et en extrait deux morceaux de boutons noirs, qui appartenaient à son costume de la veille.
« - Observez ceci … » Dit-il en tendant sa trouvaille au creux de sa paume à Michelle. Elle regarda les deux éclats de boutons trônant dans le creux de la main et elle leva des yeux interrogateurs vers Lavic.
« - Mademoiselle Barclay-Matters, je me connais mieux que je ne vous connais, et je sais que je ne suis pas doué du don de télékinésie…
- Pardon ? Mais vous délirez ! !
- Je n’en suis pas si sur, écoutez plutôt : Si je poursuis mon raisonnement jusqu’au bout vous allez voir qu’il n’est peut-être pas si absurde qu’il en a l’air. Admettons, que vous soyez télékynésique, et que votre don soit assez puissant pour éclater des boutons de vêtements, pourquoi ne le serait-il pas pour raser un quartier ?
- Effectivement vous avez le sens de la mesure ! ! !
- Et si maintenant je vous dis que votre domicile est le centre exact du cercle parfait où s’inscrivent les destructions ? »
Michelle resta interloquée, cet inspecteur lisait décidément trop de romans de science-fiction.
« - Que voulez-vous que je réponde à ce tissus d’inepties ? Vous pensez sérieusement ce que vous venez de me dire ?
- Oui mademoiselle.
- Vous vous rendez compte que c’est complètement absurde et farfelu, n’est-ce pas ?
- Si vous saviez le nombre de criminel que j’ai pu mettre en prisons avec des raisonnements farfelus mademoiselle…
- Eh bien allez faire rire votre supérieur avec vos belles histoires, mais si vous ne m’arrêtez pas pour un motif, sérieux celui là, je clos définitivement la conversation, bon vent ! »
Joignant le geste à la parole, Michelle alla ouvrir la porte de sa chambre et attendit que l’inspecteur Lavic se retire. Ce qu ‘il fit, calmement, lentement même. Quand il eût quitté la pièce, Michelle referma la porte, et y resta adossée un moment, le temps de digérer cette scène absolument surréaliste.
Comme promis, le Docteur Louis vint autoriser Michelle à sortir, vers 15h30, en s’ayant bien assuré, qu’elle ne courrait plus de danger. Le temps de signer les papiers, et Michelle était dehors à 16h00, elle traversa une meute de journalistes qui ne firent absolument pas attention à elle. Ils attendait un survivant, et non une. Le Docteur Louis avait bien désinformé la presse, c’était un coup de maître ! Elle put ainsi quitter l’hôpital sans encombres.
Bientôt, Michelle était entrain d’attendre le bus, qui la ramènerait vers le cœur de Boulogne, où elle se chargerait de trouver un toit pour quelques jours, le temps de trouver un appartement, et de recommencer une vie qui avait définitivement pris un tournant pour le moins inhabituel. L’arrêt de bus se trouvait à quelques dizaines de mètres de l’entrée de l’hôpital, Michelle observait les journalistes qui faisaient le pied de grue pour espérer interviewé ou prendre une photo du ‘miraculée’. S’ils savaient que je leur suis passée sous le nez, songea Michelle. Certains avaient une cigarette serrée entre les lèvres et s’adonnaient à leur vice, d’autres, fatigués d’être debout, étaient assis sur les trottoirs, et parmi eux certains se restauraient. Michelle n’avait jamais vu autant de matériel audiovisuel réuni en un même endroit, toutes les grandes chaînes de télévisions nationales et internationales étaient réunies sur ce trottoir. Il faut dire que d’après ce que l’on avait bien voulu lui en dire, cette catastrophe était sans précédent. Pas de confirmations techniques, ou bien même terroristes, cela avait de quoi enflammer les médias. Michelle se dit de se rappeler d’acheter la presse en ville, histoire de se mettre au courant de l’avancement de l’enquête, car après tout, cela l’intriguait autant que les journalistes eux-mêmes.
Michelle les yeux fermés, leva le visage au ciel, et prit une grande bouffée d’air dans ses poumons, comme pour essayer de se laver de tout le stress de ces derniers jours. Elle expira un long moment après, et elle se sentit un peu moins tendue. Quand elle rouvrit les yeux, elle remarqua un convoi de trois énormes 4x4 qui se dirigeaient vers l’entrée de l’hôpital. Ils s’y arrêtèrent juste le temps de laisser descendre deux hommes l’un vêtu de noir, et le second portant un imperméable crème. Ils se dirigèrent d’un pas alerte à l’intérieur, mais le peu qu’elle les vit, Michelle trouva leur comportement singulier. Elle vit les trois 4x4 repasser en sens inverse, et se diriger vers l’entrée des urgences, là ils se garèrent, mais personne n’en descendit.
Bientôt le bus que Michelle attendait fit son arrivée, elle monta dedans, y acheta un titre de transport avec l’argent que Suzy lui avait avancé, elle alla s’asseoir au fond comme elle le faisait toujours lorsqu’il s’agissait des longs bus à accordéons qui circulaient depuis peu dans Boulogne. Elle se laissa mener jusqu’à destination, son esprit vagabondant entre les décombres dans lesquels elle fut recueilli, l’hôpital, les journalistes qu’elle avait vu un peu plus tôt, ces drôles de visiteurs, et elle s’endormit.
Elle fut réveillé par une grosse main calleuse, et quand elle ouvrit les yeux, elle découvrit un gros chauffeur un peu rougeaud, mais la mine sympathique, qui lui dit, presque gêné de la réveiller, qu’il était à son terminus, et qu’elle devait descendre, ou bien acheter un nouveau ticket. Michelle lui fit un pâle sourire, et la tête encore embrumée, elle descendit du bus d’un pas mal assuré.
Elle resta, là, un moment, hébétée. Elle se rendit compte que toute sa vie était à reconstruire, car elle ne savait où aller.
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Shotaro
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MessageSujet: Re: Gravity   Mar 20 Juin - 23:50

Et voilà! Pour ceux qui étaient interessés par cette histoire vous allez être frustrés, vous êtes arrivé au bout de tout ce que j'ai écrit.
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Shotaro
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MessageSujet: Re: Gravity   Mer 21 Juin - 22:06

A part Jérémy et Sophie, pas de comm'?

C'est si naze que ça que vous n'osez pas me le dire? Hihi
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Jeremy Coudel
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MessageSujet: Re: Gravity   Jeu 22 Juin - 1:45

Non, non c'est très bien, j'ai même lu ton dernier episode pour dire... Il en fallait du courage pour tout lire Gnark mais j'y suis arrivé, miracle. Tu sais Shotaro, beaucoup lisent mais laissent pas de comm, on voudrait pas trop pourrir ton post Rire qui est si joli...
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Gravity
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